La formule « l’homme est un loup pour l’homme » est attribuée par réflexe à Thomas Hobbes, mais son origine textuelle est bien antérieure à ses propres écrits.
Pour le Bac de philosophie, savoir qui est le véritable auteur de la citation ne suffit pas : l’enjeu est de comprendre comment Hobbes la réutilise dans un contexte politique précis, celui de la guerre civile anglaise, et ce que cette reprise change au sens originel. Cet article propose une méthode d’analyse de texte pas à pas, centrée sur les passages-clés du De Cive et du Léviathan.
A lire aussi : Touristes à Paris pour les JO de 2026 : chiffres et analyse
Plaute et Hobbes : tableau comparatif des usages de la formule
Un écueil fréquent dans les copies de Bac consiste à croire que Hobbes a forgé la formule. Hobbes n’a pas inventé la formule : il l’a empruntée à la tradition latine, puis en a déplacé le sens. La distinction entre les deux usages est un prérequis pour toute analyse rigoureuse.
| Auteur | Oeuvre | Contexte d’emploi | Sens donné à la formule |
|---|---|---|---|
| Plaute | Asinaria (comédie latine) | Dialogue entre personnages, registre comique | Méfiance ordinaire envers un inconnu : on ne sait pas à qui on a affaire |
| Thomas Hobbes | De Cive (1642), repris dans le Léviathan (1651) | Théorie politique, justification de l’État souverain | Hypothèse sur l’état de nature : sans loi, la violence est rationnelle |
Chez Plaute, la formule relève d’une prudence quotidienne, presque proverbiale : face à un inconnu, mieux vaut se méfier. Chez Hobbes, elle change de registre pour devenir le socle d’une démonstration politique. Le correcteur attend précisément que vous explicitiez ce glissement, pas que vous traitiez la citation comme un simple dicton.
A lire en complément : L'intérêt du slow travel analysé

État de nature chez Hobbes : décortiquer le raisonnement du Léviathan
C’est au chapitre XIII du Léviathan que Hobbes construit son hypothèse sur ce que serait la vie humaine sans autorité commune. Les copies les mieux notées repèrent dans ce passage une progression logique en trois temps.
L’égalité naturelle, source paradoxale de conflit
Hobbes part d’un constat qui surprend souvent les candidats : les individus sont à peu près égaux, tant en force physique qu’en ruse. Cette égalité approximative produit un effet inverse à celui qu’on pourrait attendre. Si chacun peut tuer chacun, personne n’est en sécurité. Le texte ne décrit pas une méchanceté innée, mais un calcul de survie face à une menace permanente.
Trois mécanismes qui conduisent à la guerre
Hobbes distingue trois causes de conflit dans l’état de nature :
- La compétition, quand deux individus convoitent le même bien sans qu’aucune règle ne tranche entre eux.
- La méfiance, qui pousse à attaquer préventivement pour ne pas subir l’attaque de l’autre.
- La fierté (ou « gloire »), par laquelle certains recourent à la violence pour imposer le respect.
Isoler ces trois causes dans votre copie, puis les relier aux passages précis de l’extrait, constitue le noyau de l’exercice. Le correcteur vérifie que vous déployez la logique interne du texte, pas que vous le paraphrasez.
La guerre de tous contre tous comme disposition permanente
Hobbes aboutit à la thèse selon laquelle l’état de nature est un état de guerre de tous contre tous. La nuance est décisive pour le Bac : il ne s’agit pas d’un combat perpétuel, mais d’une disposition constante à la violence. Hobbes décrit une menace structurelle, pas un carnage quotidien.
Méthode d’analyse de texte philosophique pour le Bac
Ce qui coûte des points aux candidats relève moins d’une ignorance de Hobbes que d’un défaut de méthode face à l’extrait. Quelques étapes concrètes permettent de structurer le travail sur un texte du Léviathan ou du De Cive.
Identifiez d’abord la thèse du passage, formulée en une phrase : Hobbes justifie la nécessité de l’État par la violence rationnelle de l’état de nature. Si cette thèse, reformulée dans vos propres mots, n’apparaît pas dès votre introduction, le correcteur anticipe une analyse imprécise.
Repérez ensuite les connecteurs logiques. Hobbes écrit avec une rigueur quasi géométrique : « car », « donc », « c’est pourquoi ». Chaque connecteur marque une étape du raisonnement. Votre commentaire doit épouser ce fil, pas l’esquiver.
Confrontez enfin le texte à une objection. La plus féconde vient de Rousseau, qui refuse l’idée d’une compétition naturelle entre les individus. Pour Rousseau, la rivalité naît de la vie sociale, pas de la nature humaine. Opposer Hobbes et Rousseau sur l’état de nature est attendu par les correcteurs.
- Hobbes : l’homme naturel est calculateur, la violence est un moyen rationnel de survie.
- Rousseau : l’homme naturel est solitaire et paisible, c’est la société qui le corrompt.
- Point de convergence : tous deux partent de l’état de nature pour fonder un contrat social, mais leurs conclusions politiques divergent radicalement.

Hobbes et la guerre civile anglaise : le contexte historique à mobiliser
Le De Cive paraît en 1642, année où éclate la guerre civile anglaise. Le Léviathan est publié en 1651, alors que Hobbes vit en exil en France. Ce contexte n’a rien d’anecdotique : Hobbes théorise ce qu’il observe. L’effondrement de l’autorité royale produit sous ses yeux le chaos qu’il décrit dans ses textes.
Son séjour en France le confronte aussi à un pouvoir monarchique centralisé, ce qui conforte sa conviction qu’un souverain absolu est la seule garantie de paix civile. Mobiliser ces éléments dans une copie permet de montrer que la philosophie politique de Hobbes n’est pas une spéculation abstraite.
La capacité à relier une thèse philosophique à son contexte historique fait la différence entre une copie moyenne et une copie solide. Pour Hobbes, la guerre civile anglaise fonctionne comme une preuve empirique de sa théorie de l’état de nature.
Dernier point de précision philologique : la formule « l’homme est un loup pour l’homme » figure dans le De Cive, pas dans le Léviathan. Si votre sujet de Bac porte sur un extrait du Léviathan, ne citez pas cette formule comme si elle en provenait. Ce type de rigueur textuelle, rare dans les copies, signale au correcteur une lecture directe des sources.

